BUJUMBURA, 1er sept (ABP) – L’analyse de l’historiographie du conflit burundais est l’un des éléments essentiels qui peut aider la CVR (Commission Vérité et Réconciliation) dans ses missions d’établissement de la vérité et de réécriture de l’histoire douloureux du Burundi.

Selon le vice-président de la CVR, Révérend pasteur Clément Noah Ninziza, dans la plupart des écrits transparait le rôle de l’intellectuel burundais dans la fabrication des mémoires conflictuelles, la propagation de l’ethnisme politique au sein des masses populaires pour pérenniser le clivage hutu-tutsi (les deux principales composantes de la communauté burundaise). D’où la nécessité d’un examen rigoureux des archives. La recherche documentaire prévue par la loi régissant la CVR vise à contribuer à la recherche de la vérité sur les événements couverts par le mandat et à la réécriture de l’histoire du Burundi la plus acceptée et la plus partagée, a noté le pasteur Ninziza.

Au moment où les crises occasionnent beaucoup de recherches et publications ailleurs, des zones d’ombre subsistent sur les crises qui ont secoué le Burundi, a déploré jeudi le Pr Jean-Marie Nduwayo (photo) au cours d’une conférence sur la contribution de la recherche documentaire dans les missions de la CVR.

Pour trouver des analyses historiques critiques, l’on doit se référer, largement mais pas uniquement, aux publications des historiens de métier. D’après lui, peu de recherches scientifiques ont été entreprises sur la période du Burundi indépendant et celles qui existent ne sont pas bien connues du grand public. De plus, l’intérêt des chercheurs pour certains événements était réduit suite à la délicatesse des événements, l’obstruction, la censure ou le silence imposé par le pouvoir.

La littérature coloniale constitue une source importante de documentation pour les périodes précoloniale et coloniale et permet aussi de saisir les origines des conflits du Burundi post colonial. Mais le chercheur doit compléter cette documentation par d’autres sources, écrites ou non. D’après le professeur Nduwayo, avec la politique coloniale, l’histoire politique du Burundi n’existait pas. On a écrit l’histoire des différentes composantes de la population.

Une abondante littérature coloniale qui a influencé l’évolution sociopolitique du pays vers des situations de conflits existe dans différents centres de documentation (rapports sur l’administration belge au Ruanda-Urundi, les écrits des agents de la colonisation et ceux des missionnaires). Dans ces écrits, les auteurs ont procédé souvent par la catégorisation de la population burundaise en deux principales composantes. C’est le cas de plusieurs chercheurs et auteurs comme Van Der Burg, Hans Meyer, René Bourgeois, Mgr Julien Gorju et Pierre Ryckmans. Un des agents de l’administration coloniale belge au Ruanda-Urundi, Ryckmans a développé une approche à la fois raciale, sociologique et caricaturale et a contribué dans la création des antagonismes entre les Bahutu et les Batutsi qui seront consolidés à la fois par le discours et les pratiques coloniales axés sur la discrimination, a dit le Pr Nduwayo.

Inspirées du modèle colonial et touchant tous les secteurs de la vie du pays (politique, économique, social et autres), des recherches et écrits d’anciens responsables ou agents de la colonisation ont perpétué la lecture coloniale même après l’indépendance.

A partir des années 1970, des recherches ont mis en cause l’historiographie coloniale. Les Professeurs Emile Mworoha et Jean Pierre Chrétien ont cherché à déconstruire les préjugés véhiculés par l’idéologie coloniale en essayant de rétablir la réalité de l’organisation et du fonctionnement de la société burundaise ancienne.

D’autres chercheurs dont des enseignants d’universités, observateurs, acteurs politiques ainsi que des étudiants se sont intéressés à l’histoire du pays mais certains sont des partisans fanatiques et leurs écrits ne sont pas objectifs. Pour le Pr Nduwayo, les règles de la critique doivent leur être appliquées même si leurs témoignages peuvent être intéressants.

Les archives, sources écrites non publiées constituent de précieuses sources. Les administrations coloniales jusqu’en 1962, les services nationaux et diplomatiques ont produit des archives sur le Burundi pendant les périodes de crise.

Les archives conservées à l’étranger posent un problème d’accessibilité à cause de leur éloignement géographique et parfois de leur langue, a dit le Pr Nduwayo. Elles sont conservées, pour l’essentiel en Belgique (archives africaines de Bruxelles et les archives diplomatiques pour la période post coloniale). Il existe des archives missionnaires conservées à Rome et dans les évêchés du Burundi.

Des archives conservées au Burundi sont classées en fonction de leurs provinces d’origine et des lignes thématiques. Des archives militaires et judiciaires constituent la principale source d’information mais sont souvent inaccessibles au chercheur. Les acteurs dans les événements prenaient soin de ne pas laisser de traces pouvant les compromettre ultérieurement, a fait remarquer M. Nduwayo.

Les archives de la presse (radio, télévision, journaux) renferment des discours officiels, des éditoriaux et des sujets qui, à un moment, étaient à la une. Ce qui permet de reconstituer l’ambiance au moment de l’événement.

L’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi de 2000 fait également partie des documents écrits.

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